Sergei
Ivanovitch
Chtchoukine
Moscou, 27 mai 1854
Paris, 10 janvier 1936
 
 
 
 
 
Sa vie

En moins de 20 ans, entre 1895 et 1914, Sergei Chtchoukine acquit 258 tableaux.
Il acheta encore une dizaine de tableaux durant sa vie à Paris.
La collection est composée de 264 tableaux, dont 8 Cezanne, 16 Derain, 16 Gauguin, 9 Marquet, 38 Matisse, 13 Monet, 50 Picasso, 7 Rousseau…
149 sont au musée de l’Ermitage de Saint Pétersbourg, 84 au musée Pouchkine de Moscou, 2 à Bakou et 1 à Odessa.

 

1854 : naissance à Moscou de Sergei Ivanovitch Chtchoukine, troisième garçon d’une fratrie de dix sœurs et frères. Son père, Ivan Vassilievitch Chtchoukine était commerçant autodidacte à Moscou et était marié à Ekatarina, née Botkine, une autre famille influente des marchands de Moscou.

1878 : Sergei rentre à Moscou après plusieurs années d’étude et de stages dans l’industrie textile, en Allemagne et en France. Il rejoint l’entreprise familiale « Chtchoukine et fils » située dans la rue Nikolskaya, cœur des affaires de Moscou.

1880-1890 : L’entreprise Chtchoukine prospère en même temps que s’épanouit le capitalisme russe. Sergei devient un des acteurs les plus respectés du commerce de textile, on le surnomme « ministre du commerce de Moscou ». A la même période il épouse Lydia Ivanovna Koreneva, une des plus belles femmes de la ville qui lui donnera quatre enfants : Ivan, Ekatarina, et les jumeaux Sergei et Grigori. Son père, impressionné par sa réussite professionnelle et mondaine, lui achète le palais Troubetskoï, anciennement hôtel particulier du gouverneur de Moscou.

1895 : Chtchoukine commence sa collection, comme ses frères Piotr et Dimitri.

1897 : Il achète son premier Monet « Les lilas au soleil », à la galerie Durand-Ruel à Paris ; il en acquerra 12 autres. Progressivement il achète les plus beaux tableaux des meilleurs peintres impressionnistes français : Cézanne, Degas, Renoir, Gauguin, Van Gogh, le Douanier Rousseau et beaucoup d’autres.

1905-1911 : Une tragédie s’abat sur la famille : un des jumeaux se suicide en 1905 en se jetant dans la Moscowa, sa mère Lydia meurt peu après, en janvier 1907. Ivan, le frère cadet de Sergei, qui menait une vie de dandy à Paris, en grignotant son héritage avec les peintres et les artistes, se suicide en 1908, ruiné. En janvier 1910, le jour anniversaire de la mort de sa mère, le deuxième jumeau se tire une balle dans la tête.

1907-1914 : Fou de douleur, Chtchoukine s’abandonne complètement à sa passion pour la peinture, comme à une drogue. Son désespoir transforme l’élégant marchand au talentueux regard en génie passionné. Il devient le protecteur de Matisse et achète 37 toiles de sa meilleure période.

1909-1910 : Sa plus importante commande à Matisse : deux panneaux décoratifs pour l’escalier de son palais qui seront reconnus parmi les plus célèbres chefs-d’œuvre de la peinture du XXe siècle : « la Danse et la Musique ».

1909 : Chtchoukine achète son premier Picasso cubiste, fasciné et repoussé à la fois par ce misérable peintre espagnol complètement inconnu. En 1914, son salon Picasso ne compte pas moins de cinquante tableaux ; il a la réputation d’avoir plus de Picasso que Picasso lui-même !

1914 : la guerre éclate coupant toute possibilité de communiquer entre Chtchoukine, ses peintres et ses marchands. Sa collection moscovite est terminée ; elle se compose de 258 tableaux. Le palais est ouvert au public, Sergei organise lui-même les visites et les conférences pour faire découvrir les œuvres au public moscovite enthousiaste, ahuri ou furieux.

1915 : Chtchoukine se remarie avec une belle femme divorcée de 40 ans, Nadejda Affanassievna Connus. Une enfant inespérée naît de leur union, Irina, qui provoque chez le collectionneur une nouvelle passion : élever sa fille en lui épargnant la malédiction familiale.

1917 : Après la révolution de février et la chute de la monarchie russe, Chtchoukine est nommé membre de la commission de transformation du Kremlin de Moscou en une Acropole des musées, y compris du sien.

1918 : Février. Après la révolution d’octobre et le début de la guerre civile, le gouvernement bolchevik de Lénine s’installe à Moscou. Le Kremlin va être utilisé à d’autres fins.

1918 : Août. Le ciel s’assombrit à l’horizon du capitalisme moscovite. Sergei, sa femme et sa fille quittent la Russie soviétique avec de faux papiers et tout leur argent converti en diamants cachés dans la poupée d’Irina.

1918 : Octobre. Le décret de Lénine déclare la collection et le palais propriétés du peuple.

1936 : Janvier. Mort de Sergei Ivanovitch Chtchoukine à Paris.

La collection volée

 

Décret du Conseil des commissaires du peuple sur la nationalisation de la galerie d’art Chtchoukine

 
 

Considérant que la galerie d’art Chtchoukine constitue un ensemble exceptionnel d’oeuvres des grands artistes européens, en majorité français, de la fin du 19° et du début du 20°siècles ; que par sa très grande valeur artistique elle présente en matière d’éducation populaire un intérêt national, le Conseil des commissaires du peuple

décrète :

1°) Proclamer la galerie d’art de Sergueï Ivanovitch Chtchoukine propriété publique de la République socialiste fédérative de Russie et l’affecter au Commissariat du peuple à l’instruction publique conformément aux dispositions générales applicables aux musées d’Etat.

2°) L’édifice abritant la galerie (Bolchoï Znamenskiï pereoulok, n°8), ainsi que le terrain adjacent constituant l’ancienne propriété de S.I. Chtchoukine et tout son mobilier sont affectés au commissariat du peuple à l’instruction publique.

3°) Charger la Commission aux affaires des musées et des monuments protégés du Commissariat du peuple à l’instruction publique d’élaborer et de mettre en oeuvre à bref délai un nouveau mode de gestion et d’activité pour l’ancienne galerie Chtchoukine qui corresponde aux exigences contemporaines et aux objectifs de démocratisation des établissements artistiques et culturels de la République socialiste fédérative de Russie.

 

Le Président du Conseil des Commissaires du peuple

Vladimir Oulianov (Lénine)

Le directeur exécutif du Conseil des Commissaires du peuple

Vladimir BONTCH-BROUYEVITCH

Le projet de décret présenté par le Commissariat du peuple à l’instruction publique, fut adopté par la Commission près le Conseil des Commissaires du peuple le 28 octobre et sanctionné par le CCP le 29 octobre.

Original : 1f, Archives fonds 2, inventaire 1, n°7384
Les Izvestia N°242, 5 novembre 1918 ; recueil des lois et réglements N°82, p.851

 
     

 

La collection après 1918

Après le décret de nationalisation signé par Lénine en octobre 1918, la collection reste dans la maison Chtchoukine (ex Palais Troubetskoy) qui fut appelé Premier musée de peinture occidentale moderne.
La maison et la collection d’Ivan Morozov, aussi nationalisées le 12 décembre 1918, devinrent le Second musée de peinture occidentale moderne.

En 1923, les deux collections sont fondues en une seule entité, le Musée d’État d’art occidental moderne I et II. En 1928 toutes les toiles furent rassemblées dans le palais Morosoff.

Entre 1930 et 1934, certains tableaux sont envoyés au Musée de l’Ermitage et deux (de la collection Morozov) sont vendus à une galerie américaine.

En 1948, le musée d’État d’art occidental moderne est liquidé (il avait été fermé en 1941 quand on avait envoyé toutes les collections de l’autre côté de l’Oural, à cause de la guerre). A la suite de la décision de Staline de ne pas rouvrir le musée, les tableaux sont distribués au hasard, en une journée, entre le Musée Pouchkine de Moscou et le Musée de l’Ermitage de Leningrad. Deux sont envoyés à Bakou et un à Odessa.

Aujourd'hui 149 tableaux se trouvent au musée de l'Ermitage de Saint Petersbourg, 84 au musée Pouchkine de Moscou, 2 toujours invisibles à Bakou et 1 à Odessa.

Le musée Pouchkine refuse de nous communiquer certains de ces tableaux qui manquent à l'iconographie de ce site, ou dont les reproductions sont de très mauvaises qualités.

Le musée de Bakou n'a jamais répondu à notre demande de voir les 2 tableaux dont ils sont dépositaires.